Gel énergétique : combien, quand, et le vrai du 120 g/h
Gel énergétique : les repères officiels de glucides par heure, pourquoi un gel n'est pas une « solution », et ce que dit vraiment la science sur 120 g/h.

Points à retenir
- Un chiffre circule beaucoup dans les contenus sur l'ultra-endurance : 120 grammes de glucides par heure, présenté parfois comme la nouvelle référence qui dépasserait les 90 g/h officiels.
- Rien de ce qui précède ne se teste le jour de l'épreuve.
- L'apport en glucides pendant l'effort se calcule par heure et par durée totale : rien en dessous de 45 minutes, jusqu'à 90 g/h au-delà de deux heures et demie.
Un gel énergétique apporte des glucides concentrés pour tenir un effort long, mais il ne faut ni le confondre avec une boisson isotonique sur le plan réglementaire, ni viser un débit non consensuel comme 120 grammes de glucides par heure. Voici ce que les repères officiels disent réellement, et ce qui reste débattu.
Combien de glucides par heure, selon la durée de l’effort
La position de référence sur la nutrition sportive, publiée par l’ACSM, l’Academy of Nutrition and Dietetics et Dietitians of Canada en 2016, raisonne par tranche de durée. En dessous de 45 minutes d’effort, aucun apport n’est jugé nécessaire. Entre 45 et 75 minutes, de petites quantités suffisent, y compris un simple rinçage de bouche avec une boisson sucrée. Pour un effort d’endurance d’une à deux heures et demie, la cible est de 30 à 60 grammes de glucides par heure. Au-delà de deux heures et demie à trois heures, en ultra-endurance, la cible monte jusqu’à 90 grammes par heure. C’est la fourchette la plus souvent recherchée par les traileurs et marathoniens qui planifient leur ravitaillement en gels.
Un gel n’est pas une « solution » au sens du règlement
Le règlement européen autorise une allégation précise pour les solutions de glucides et d’électrolytes, mais cette allégation vise des boissons diluées, avec des conditions d’osmolalité et de concentration qui ne s’appliquent pas à un gel concentré avalé tel quel. Ce point mérite d’être dit clairement, parce qu’il est souvent confondu : un gel pris pur n’entre pas dans le cadre de cette allégation, même s’il respecte par ailleurs les proportions de glucides recommandées pour l’effort. Un gel reste un produit alimentaire ordinaire, soumis au droit alimentaire général, sans statut particulier de « produit homologué sport ».
Le débat du 120 g/h : où en est vraiment la science
Un chiffre circule beaucoup dans les contenus sur l’ultra-endurance : 120 grammes de glucides par heure, présenté parfois comme la nouvelle référence qui dépasserait les 90 g/h officiels. Une revue publiée en ligne en juin 2026 dans la revue Sports Medicine, consacrée précisément à cette pratique, conclut que la littérature scientifique qui la soutient « reste limitée », et relève un décalage entre les données métaboliques disponibles et l’adoption réelle de cette pratique sur le terrain. Les études qui mesurent une oxydation glucidique plus élevée à ce débit portent sur de très petits effectifs — onze puis huit participants selon les études —, ne mesurent aucun gain de performance réel, et rapportent davantage de symptômes digestifs que les débits plus modérés. Le plafond que porte à la fois la recommandation officielle et la seule allégation européenne existante reste 90 grammes par heure, pas 120.
S’entraîner le ventre avant la course, pas le jour J
L’idée d’habituer son système digestif à de gros volumes de glucides à l’entraînement — le « gut training » — a fait l’objet d’une revue systématique en 2023, qui n’a retenu que huit études sur les 304 identifiées au départ, avec des interventions allant de 4 à 28 jours. Les résultats rapportés montrent un inconfort digestif réduit d’environ 47 % dans deux études, et une malabsorption réduite de 45 à 54 % dans deux autres études — mais sans changement observé dans une troisième. Aucun effet n’a en revanche été retrouvé sur la vitesse de vidange gastrique ni sur les marqueurs de lésion intestinale. La durée de deux semaines, souvent citée comme suffisante, est simplement celle qui a été la plus étudiée dans cette revue : ce n’est pas une norme établie, et un auteur de référence sur le sujet écrit lui-même que le calendrier exact des adaptations digestives reste à préciser.
Rien ne se teste le jour de la course
Rien de ce qui précède ne se teste le jour de l’épreuve. Toute stratégie de ravitaillement — la quantité de glucides visée, le produit choisi, la cadence de prise des gels — s’essaie d’abord à l’entraînement, sur des séances longues, plusieurs semaines avant l’échéance. Les troubles digestifs sont fréquemment rapportés sur les efforts longs, et ils augmentent avec la quantité de glucides ingérée; les sources consultées pour cet article ne permettent pas d’affirmer qu’ils constituent la première cause d’abandon, mais leur fréquence suffit à justifier cette prudence.
Ce que cette page ne fait pas
Cet article explique des repères de durée et de débit, il ne recommande aucune marque de gel ni aucune composition précise. La teneur en glucides, la présence éventuelle de caféine ou le prix varient d’un produit à l’autre et ne sont pas traités ici : vérifiez toujours l’étiquette du produit que vous utilisez plutôt que de vous fier à une moyenne générale. Si vous associez les gels à d’autres compléments, gardez à l’esprit la recommandation générale de ne pas les associer entre eux ni avec des médicaments sans en parler à un professionnel de santé, en particulier si vous présentez un facteur de risque cardiovasculaire, une atteinte rénale ou hépatique, ou si vous êtes mineur, enceinte ou allaitante.
Ce qu’il faut retenir
L’apport en glucides pendant l’effort se calcule par heure et par durée totale : rien en dessous de 45 minutes, jusqu’à 90 g/h au-delà de deux heures et demie.
Un gel pris pur n’entre pas dans le cadre de l’allégation européenne « solutions de glucides », réservée aux boissons diluées.
Le 120 g/h, souvent présenté comme la nouvelle référence, reste une pratique peu étayée par la littérature scientifique disponible, avec plus de troubles digestifs rapportés.
S’habituer digestivement à un débit élevé de glucides se travaille à l’entraînement, sur plusieurs semaines, jamais le jour de la course.
Questions fréquentes
Combien de gels faut-il prendre par heure de course ?
Cela dépend de la teneur en glucides du gel et de la durée de l’effort : la cible officielle est de 30 à 60 g de glucides par heure entre une et deux heures et demie d’effort, et jusqu’à 90 g/h au-delà, selon la position ACSM/AND/DC 2016.
Le 120 g/h, c’est la nouvelle recommandation ?
Non. Une revue de juin 2026 conclut que la littérature scientifique qui soutient cette pratique reste limitée, avec de petits effectifs, aucun gain de performance démontré et davantage de troubles digestifs.
Un gel est-il une « solution de glucides » au sens réglementaire ?
Non. L’allégation européenne « solutions de glucides » vise des boissons diluées, pas un gel concentré pris pur.
Faut-il manger avant une heure d’effort ?
La coupure officielle est à 45 minutes : en dessous, aucun apport n’est jugé nécessaire; entre 45 et 75 minutes, de petites quantités suffisent.
Combien de temps faut-il pour habituer son ventre aux gels ?
Une revue de 2023 a le plus souvent étudié des interventions de deux semaines, mais cette durée n’est pas une norme établie : le calendrier exact des adaptations digestives reste à préciser selon les auteurs eux-mêmes.
Peut-on tester un nouveau gel le jour de la course ?
Non, c’est fortement déconseillé : toute stratégie de ravitaillement doit s’essayer à l’entraînement, sur des séances longues, plusieurs semaines avant l’échéance.
Sources
ACSM, Academy of Nutrition and Dietetics, Dietitians of Canada, position conjointe « Nutrition and Athletic Performance », 2016, consulté le 25 août 2026.
Règlement (UE) n° 432/2012 établissant une liste des allégations de santé autorisées, version consolidée au 17 mai 2021, consulté le 25 août 2026.
Plews DJ et al., « Fuelled or Fooled? Examining the Evidence and Mechanisms Behind Ultra-High Carbohydrate Intake in Endurance Athletes », Sports Medicine, publié en ligne le 8 juin 2026, DOI 10.1007/s40279-026-02462-z, consulté le 25 août 2026.
Martinez et al., revue systématique sur l’entraînement digestif (« gut training »), Sports Medicine, 2023, consulté le 25 août 2026.